Le regard de Nguyen The Son sur les transformations urbaines

Le regard de Nguyen The Son sur les transformations urbaines Né à Hanoi en 1978, Nguyen The Son est diplômé de l’université des Beaux-arts de Hanoi en 2002, et de l’académie centrale des Beaux-arts de Beijing en Chine en 2012. Cet artiste hybride peut aussi bien travailler la peinture sur soie, la peinture à l’huile, la photographie et l’installation. Même si les techniques artistiques sont diverses dans sa démarche, l’artiste porte un intérêt à l’étude de la ville et du paysage urbain. Il se place alors en observateur des villes vietnamiennes et capture les nouveaux phénomènes des villes en transformation. Pour représenter les mutations urbaines, l’artiste utilise une technique artistique originale qu’il appelle la « photographie en relief ». Cette nouvelle technique qui est une invention de l’artiste, le distingue de ses contemporains. La photographie en relief : une création originale et un véritable travail d’artisan Nguyen The Son détourne le caractère bidimensionnel de la photographie. Effectivement, par divers moyens, il ajoute du relief à la photographie et créée cette nouvelle technique. Il est essentiel d’explique les moyens utilisés pour réaliser ce travail qui se rapproche pour l’artiste de l’artisanat. Il commence par photographier les façades de la ville. Les rues très étroites de la capitale ne permettent pas à l’artiste un recul suffisant pour photographier l’architecture dans sa totalité. Il prend alors plusieurs clichés qu’il fusionne ensuite sur Photoshop. Il imprime ensuite l’image sur du papier photographique dans les dimensions qu’il souhaite, avant de la coller sur un support spécifi que (1). La phase qui suit est l’une des plus techniques. Il découpe avec un cutter tous les détails de la façade. Une fois tous les éléments découpés, l’artiste les recollent en leur donnant du relief. Nguyen The Son a également réalisé toute une série sur les personnages et les éléments du paysage urbain vietnamien. Il s’est constitué une réserve de 1 000 personnages. Photographiés sur le vif et représentant les diverses activités quotidiennes de la population vietnamienne, les personnages sont des passants, des vendeurs ambulants, ou des moto-taxi. Il photographie aussi des objets que l’on retrouve dans les rues comme des scooters par exemple. Ces détails ajoutés à la fi n du processus créatif ancrent l’oeuvre dans la réalité des rues vietnamiennes. Puis, il ajoute avec Photoshop des ombres à ses personnages. En plus de donner du contraste à ses compositions, ce jeu d’ombre et de lumière rapproche l’oeuvre de la réalité. Ce réalisme est renforcé par une modalité d’exposition exigée par l’artiste. Effectivement, Nguyen The Son place au dessus de chaque photographie, qu’elle soit dans son atelier ou dans une galerie, un spot lumineux qui rappelle le soleil. Nhà Tây et les villas coloniales de la capitale Nhà Tây (2) est une série qui s’intéresse aux villas coloniales de la capitale. Constitué de plus de quarante oeuvres, ce projet cherche à garder en mémoire ces architectures qui se dégradent et qui sont en train de disparaître. Pour Nguyen The Son, les villas coloniales sont des symboles de la culture vietnamienne (3). An Binh Peacefulness (cf. ci-contre) est l’une des photographies en relief réalisée par l’artiste. Créée en 2013, elle mesure 74 x 44 cm et elle se trouve actuellement à la Art Vietnam Gallery de Hanoi. Si on se déplace au 11 rue Le Duan à Hanoi, on remarque que cette maison est toujours présente dans le paysage urbain. En plus de son travail d’artiste, Nguyen The Son effectue des recherches sur le terrain. Il s’entretient avec la population vietnamienne et le propriétaire de la maison, pour obtenir des informations qu’il retranscrit dans un portfolio. Dans ce recueil en papier de riz, l’artiste dessine également des détails architecturaux de la façade. Aujourd’hui, l’espace à vivre de cette villa est réduite. Divisée en deux, cette maison accueille une dizaine de famille et deux commerces au rez-de-chaussée. Au premier étage, la façade est divisée en trois registres,  séparés par des colonnes. La façade est richement décorée et les marques du temps et de la pollution sont visibles. Devant les commerces, l’artiste nous donne à voir des éléments liés à la culture vietnamienne avec la cage à oiseau, la vendeuse ambulante et le scooter. Avec cette série, l’artiste cherche à représenter toutes les villas coloniales de la capitale pour les garder en souvenir. Même si ces villas sont amenées à disparaître, elles seront toujours présentes grâce au travail méticuleux de cet artiste qui cherche à coller au plus près de la réalité. De plus, chaque architecture reconstituée est ensuite placée dans une vitrine transparente pour la protéger. De cette manière, l’artiste se crée une sorte de musée miniature.

Par Julie CAPUANO


Extrait du Perspective n°101